Incepto Medical vient d’annoncer une levée de fonds de 14 millions d’euros pour accélérer son développement en Europe et à l’international. Déjà déployée dans plus de 1 000 centres, sa plateforme rassemble plus de 30 applications d’intelligence artificielle dédiées à l’imagerie médicale. Cette nouvelle étape met en lumière une question qui dépasse le seul développement d’Incepto : face à l’augmentation des volumes d’examens et aux tensions sur les ressources en radiologie, comment les solutions françaises d’IA peuvent-elles contribuer à améliorer la capacité de diagnostic, réduire les délais et faciliter l’accès aux soins ?

  • 14 M€

    levés par Incepto en septembre 2026

  • 30+

    applications d’IA proposées sur sa plateforme

  • 1 000+

    centres équipés par Incepto

  • 6 000 000

    de patients concernés chaque année par un examen assisté par les solutions Incepto

Une pression croissante sur l’imagerie médicale

L’imagerie médicale est devenue indispensable à de nombreux parcours de soins. Mais son développement s’accompagne d’un défi très concret pour les établissements : réaliser et interpréter toujours davantage d’examens, alors que le temps médical disponible reste contraint.

La question est particulièrement sensible en radiologie. Les volumes d’images augmentent, les examens sont de plus en plus riches en données et certaines spécialités connaissent des difficultés de recrutement. Dans les établissements, ces tensions peuvent se traduire par des délais d’attente plus longs, une pression accrue sur les équipes et des difficultés à absorber de nouveaux besoins.

L’intelligence artificielle apporte des réponses sur plusieurs maillons de cette chaîne. Elle peut contribuer à détecter certaines anomalies, automatiser des mesures, prioriser des examens, faciliter leur interprétation ou encore préparer certaines étapes du compte rendu.

Mais une technologie ne produit pas, à elle seule, un bénéfice pour un système de santé. Pour être utile, elle doit pouvoir être intégrée aux outils existants, adoptée par les professionnels et inscrite dans un fonctionnement quotidien.

C’est précisément sur ce passage de la technologie à l’usage que s’est construite l’approche d’Incepto.

Incepto : intégrer l’IA dans le quotidien des établissements

Fondée en 2018, Incepto s’est développée autour d’un modèle de plateforme. L’entreprise sélectionne et distribue des solutions d’IA développées par différents éditeurs, tout en co-développant certaines applications avec des experts cliniques.

Son portefeuille rassemble aujourd’hui plus de 30 applications couvrant plusieurs domaines de l’imagerie : oncologie, urgences, neurologie, imagerie musculosquelettique, pédiatrie, cardiovasculaire ou encore imagerie mammaire.

L’objectif est de proposer aux établissements un environnement intégré plutôt qu’une succession d’outils indépendants. Les solutions peuvent être connectées aux environnements RIS et PACS existants et s’insérer dans le flux de travail des radiologues.

Cette approche répond à une réalité opérationnelle : pour un établissement de santé, adopter l’IA ne consiste pas uniquement à choisir un algorithme. Il faut également l’intégrer au système d’information, définir son usage, former les équipes, suivre son utilisation et mesurer les effets produits dans la pratique.

À retenir

L’enjeu n’est donc plus seulement de développer une IA capable d’analyser une image. Il est de transformer cette capacité technologique en un outil réellement utilisable dans un parcours de soins.

De la détection à l’organisation des soins

Les bénéfices potentiels de l’IA en imagerie se situent à plusieurs niveaux.

Pour le radiologue, elle peut apporter une aide supplémentaire à l’interprétation, automatiser certaines tâches et contribuer à prioriser les examens.

Pour l’établissement, elle peut permettre de fluidifier certains flux et d’utiliser différemment le temps médical disponible.

Pour le patient, l’enjeu peut être celui d’un diagnostic plus rapide, d’une détection supplémentaire ou d’une réduction du délai d’accès à certains examens.

Pour le système de santé, l’objectif est plus large : augmenter la capacité de prise en charge sans faire reposer toute la réponse à la croissance des besoins sur l’augmentation du nombre de professionnels.

Plusieurs expériences menées avec des solutions distribuées ou développées par Incepto illustrent ces différents niveaux d’impact.

UN EXEMPLE CONCRET — AUGMENTER LA CAPACITÉ D’IMAGERIE

À Nantes, le centre IRIMED a utilisé PAROS, une solution développée par Incepto pour l’IRM de la prostate.

Selon les données publiées par Incepto, l’intégration de la solution a permis d’augmenter de 30 % la capacité de réalisation des IRM de prostate et de réduire le délai de programmation de trois à deux mois.

L’intérêt de cet exemple est moins le chiffre lui-même que ce qu’il illustre : l’IA peut agir sur l’organisation d’un service et contribuer à libérer de la capacité pour les patients.

UN AUTRE EXEMPLE — FLUIDIFIER LES URGENCES

Dans le domaine de la traumatologie, Incepto a accompagné l’utilisation de BoneView, développé par Gleamer, dans un établissement hospitalier.

La solution d’aide à la détection des fractures a été associée à une réorganisation du workflow radiologique. L’objectif n’était donc pas uniquement d’ajouter un logiciel au parcours existant, mais de revoir certaines étapes de prise en charge.

Cette approche a permis, selon les données communiquées par Incepto, de réduire le temps nécessaire à la prise en charge et le nombre de fractures non détectées.

C’est une distinction importante : l’impact d’une technologie dépend aussi de la manière dont elle est intégrée à l’organisation qui l’utilise.

Un écosystème français qui couvre de nombreux besoins

Incepto s’inscrit dans un écosystème français particulièrement actif dans l’intelligence artificielle appliquée à l’imagerie médicale.

Plusieurs membres de French Healthcare développent des solutions spécialisées, chacune répondant à des besoins cliniques différents.

AZmed radiographie et scanner

AZmed développe les suites Rayvolve®, dédiée notamment à la radiographie, et Rayscan®, dédiée au scanner.
Ses solutions couvrent notamment la détection et le triage d’anomalies en radiographie musculosquelettique et thoracique. En septembre 2026, AZmed a annoncé une sixième autorisation de la FDA, portant à huit le nombre de findings couverts par ses autorisations américaines au sein de Rayvolve.
Les solutions AZmed sont déployées dans plus de 2 500 établissements de santé dans plus de 55 pays.

Gleamer : l’aide à l’interprétation des radiographies

Gleamer s’est notamment fait connaître avec BoneView, dédié à l’aide à la détection des fractures sur les radiographies.

Son portefeuille couvre désormais plusieurs indications en imagerie musculosquelettique, mammaire, thoracique et neurologique.

En mars 2026, Gleamer a été acquise par RadNet et intégrée à DeepHealth. Cette opération illustre aussi une autre dimension du développement de l’écosystème français : la capacité de technologies développées en France à rejoindre des plateformes internationales et à changer d’échelle.

Milvue : automatiser certaines étapes du workflow radiologique

Milvue développe des solutions d’IA pour la radiologie, notamment en traumatologie, en imagerie thoracique et pour les mesures ostéoarticulaires.

Sa suite TechCare couvre notamment la détection, les mesures et la génération de comptes rendus pré-remplis, avec une intégration aux environnements RIS/PACS.

Milvue est déployée sur plus de 600 sites dans 25 pays.

Therapixel : l’IA appliquée au dépistage du cancer du sein

Therapixel développe des solutions d’intelligence artificielle dédiées notamment à l’imagerie mammaire. Son logiciel MammoScreen aide les radiologues dans l’interprétation des mammographies et la détection de lésions suspectes.

L’entreprise participe également à plusieurs travaux français consacrés à l’utilisation de l’IA dans le dépistage organisé du cancer du sein, un domaine où les enjeux de disponibilité des radiologues, de délais de lecture et d’accès au dépistage sont particulièrement importants.

Un modèle qui associe plusieurs technologies

Cette diversité permet de mieux comprendre la place particulière d’Incepto dans l’écosystème.

L’entreprise ne cherche pas uniquement à développer une application pour une indication donnée. Sa plateforme rassemble des solutions provenant de différents éditeurs, tout en développant certaines applications en propre.

Cette logique apparaît notamment dans les partenariats noués avec des acteurs français de l’écosystème. Les solutions d’AZmed sont par exemple intégrées à la plateforme Incepto, tandis que BoneView de Gleamer fait également partie des solutions proposées par la plateforme.

L’enjeu est alors de permettre à un établissement d’accéder à plusieurs technologies depuis un même environnement, plutôt que de multiplier les intégrations et les outils indépendants.

Cette approche peut également faciliter l’évolution des usages : à mesure que de nouvelles solutions apparaissent ou que de nouveaux besoins cliniques émergent, l’établissement peut faire évoluer son portefeuille d’outils sans reconstruire entièrement son environnement technologique.

L’accès au diagnostic, un enjeu aussi territorial

La prochaine étape concerne aussi la diffusion de ces technologies.
L’IA en imagerie s’est d’abord développée dans les établissements disposant de moyens importants, d’équipes expertes et d’une forte capacité à expérimenter de nouvelles technologies.

Or les tensions sur les ressources médicales ne se limitent pas aux grands centres universitaires. Elles peuvent être particulièrement fortes dans les établissements régionaux et de proximité.

Dans son nouveau programme d’impact, Incepto annonce ainsi vouloir suivre la part des examens assistés par IA réalisés en dehors des centres experts, le nombre de centres non experts équipés et le nombre de patients pris en charge dans ces établissements.

Cette dimension territoriale est importante : si l’IA permet de diffuser certaines capacités d’analyse ou d’expertise dans des établissements qui disposent de moins de ressources spécialisées, son intérêt dépasse largement celui d’un simple outil de productivité. Elle peut devenir un moyen de réduire certaines disparités d’accès au diagnostic.

Une levée de fonds pour changer d’échelle

C’est dans cette perspective que s’inscrit la levée de fonds annoncée par Incepto en septembre 2026.

Les 14 millions d’euros levés auprès d’Impactivist, avec la participation de ses investisseurs historiques LBO France, Karista, Bpifrance et Wille Finance, doivent notamment permettre à l’entreprise d’accélérer le déploiement de sa solution de génération de comptes rendus TANGO en Europe et aux États-Unis, d’élargir son portefeuille d’applications et de poursuivre des acquisitions stratégiques.

« L’enjeu n’est plus seulement de rendre l’IA accessible, mais de faire en sorte qu’elle produise une valeur concrète pour les patients, les professionnels et les établissements de santé. »

De l’innovation à l’amélioration des systèmes de santé

La levée de fonds d’Incepto est d’abord une actualité d’entreprise. Mais elle témoigne aussi d’une évolution du marché de l’intelligence artificielle en imagerie médicale.

Les premières années ont largement été consacrées au développement des algorithmes, à leur validation clinique et à leur certification. Le défi est désormais celui du déploiement : faire entrer ces technologies dans les établissements, dans les workflows des professionnels et dans les parcours des patients.

En France, cet écosystème rassemble des entreprises aux expertises différentes. Certaines ciblent une indication précise, d’autres développent des outils transversaux, tandis qu’Incepto propose une approche de plateforme permettant de réunir plusieurs solutions dans un même environnement.

Ce qui les rapproche est finalement assez simple : répondre à des problèmes concrets du système de santé.

  • Gagner du temps sur une radiographie.
  • Détecter une fracture.
  • Faciliter le dépistage d’un cancer.
  • Réduire un délai d’accès à l’IRM.
  • Augmenter la capacité d’un service.
  • Aider les professionnels à absorber des volumes croissants d’examens.

C’est à cette échelle que se mesure progressivement la valeur de l’intelligence artificielle en imagerie médicale : non pas seulement à ce qu’un algorithme sait faire, mais à ce qu’une technologie bien intégrée permet aux professionnels, aux établissements et aux patients de faire autrement.

C’est aussi ce qui fait de l’IA en imagerie l’un des domaines où l’expertise française peut aujourd’hui trouver des applications bien au-delà de ses frontières.

Imagerie médicale : comment les solutions françaises d’IA répondent aux nouveaux défis du diagnostic