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Innate Pharma accélère avec AstraZeneca le développement de sa molécule phare, "monalizumab "

La biotech française spécialiste en immuno-oncologie a noué en 2015 un partenariat avec le laboratoire britannico-suédois. Le lancement d'une nouvelle étude clinique porte à près d'un demi-milliard les revenus déjà générés par monalizumab.

8 Juil 2022

Créée en 1999 à Marseille, Innate Pharma développe un large portefeuille d’anticorps thérapeutiques innovants capables d’améliorer les traitements des cancers en exploitant le système immunitaire.

Sa molécule la plus avancée, monalizumab, est un anticorps qui prévient l’inhibition des lymphocytes T CD8+ et des cellules NK (Natural Killer) par les cellules tumorales exprimant HLA-E. En agissant simultanément sur l’immunité adaptative et innée, monalizumab pourrait engendrer une réponse anti-tumorale efficace, notamment dans le cas de cancers résistants. “Tout l’enjeu de l’immunothérapie est d’une part de mobiliser le système immunitaire et de faire en sorte que les cellules lymphocytaires arrivent au lit tumoral et d’autre part, de lever l’immunosuppression tumorale pour déclencher une réponse immunitaire efficace”, détaille Mondher Mahjoubi, CEO et Président du Directoire d’Innate Pharma. 

Dès 2015, le potentiel de cette innovation séduit AstraZeneca. Le groupe  acquiert une partie puis l’intégralité des droits de monalizumab. Jamais une biotech française n’avait signé un accord aussi important, d’un montant total pouvant atteindre 1,275 milliard de dollars. 

Le démarrage fin avril 2022 de PACIFIC-9, vaste essai clinique de phase 3 qui pourrait recruter un millier de patients, a entraîné le paiement d’une enveloppe de 50 millions de dollars, portant à 450 millions de dollars les paiements d’étape déjà touchés par Innate pour cette molécule. Cet essai vise à analyser l’efficacité d’une molécule d’AstraZeneca,  durvalumab, combinée soit à monalizumab soit à oleclumab (autre anticorps d’AstraZeneca), chez des patients atteints d’un cancer du poumon non à petites cellules non opérable, qui n’ont pas progressé après un traitement par chimio-radiothérapie. 

Monalizumab est également testée en phase 3 dans une étude portant sur les cancers ORL (tête et cou).

Innate Pharma a démontré un savoir-faire reconnu. Plusieurs partenariats, non seulement avec des industriels mais aussi avec le monde académique, le prouvent. C’est une fierté et un signe de respect par rapport à l’excellence scientifique qui sort de nos laboratoires de recherche”, Mondher Mahjoubi, CEO et Président du Directoire d’Innate Pharma.

Un portefeuille qui révolutionne l’immuno-oncologie

Le portefeuille d’Innate Pharma contient plusieurs molécules, en plus de monalizumab, qui découlent de cette même démarche visant à booster le système immunitaire contre les cellules tumorales.

Autre molécule prometteuse, lacutamab est actuellement évalué dans un essai clinique de phase 2 nommé TELLOMAK, dans les lymphomes T cutanés (LTC), une indication orpheline. “Les résultats préliminaires sont très encourageants”, se réjouit le CEO. L’Agence européenne des médicaments (EMA) et la FDA (Food and Drug Administration) aux Etats-Unis, pourraient lui accorder une mise sur le marché accélérée sur la base des résultats de cet essai.  

Un autre axe de développement vise à lever les mécanismes d’immunosuppression dans le microenvironnement tumoral pour rétablir la réponse immunitaire. Deux molécules en développement dans le portefeuille d’Innate ciblent donc la voie de l’adénosine, reconnue pour son rôle majeur dans l’immunosuppression tumorale : IPH5201, également co-développé en partenariat avec AstraZeneca, qui vient d’entrer en phase 2, pour une indication dans le cancer du poumon début juin 2022, et pour laquelle un paiement d’étape de 5 millions d’euros a été versé à Innate ; et IPH5301, cette fois-ci développé par Innate uniquement. Une phase 1 se déroule actuellement à l’Institut Paoli-Calmettes, le centre anti-cancer de Marseille.

La biotech a en outre mis au point une plateforme technologique versatile baptisée ANKETTM (Antibody-based NK cell Engager Therapeutics). Cette nouvelle génération d’anticorps sophistiqués vise à mettre en présence les cellules cancéreuses avec les cellules NK, les cellules tueuses, mais “(ils) font plus que stimuler les cellules NK : ils sont dotés de têtes chercheuses pour diriger les cellules NK sur les cellules tumorales”, ajoute Mondher Mahjoubi. 

Elle permet de développer un anticorps prédéterminé en fonction de la cible et peut être utilisée pour plusieurs types de cancers. Entre autres projets, un premier candidat médicament issu de cette plateforme est en développement clinique depuis 2021 avec le laboratoire Sanofi, pour diverses formes de cancers du sang.

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